Importance des transferts de fonds des migrants dans les pays de la zone BCEAO et BEAC

Introduction : l’Afrique un acteur marginal

L’organisation internationale des migrations estimait en 2016 à 244 millions, le nombre de migrants internationaux, soit 3, 3 % de la population mondiale. Les remises de fonds effectuées par ses migrants s’élevaient à la même époque à 429 milliards de dollars (International Organization for Migration , 2017). L’immense majorité de cette bagatelle est accaparée par les grands pays d’émigration que sont l’Inde, la Chine et le Mexique (KNOMAD, 2017).  L’Afrique subsaharienne compte quant ’à elle 23, 2 millions de migrants, soit 2,5 % de sa population. L’émigration africaine est dans sa grande majorité intracontinentale (66 %). Les envois de fonds sur le continent ont atteint en 2016, 33 milliards de dollars US soit, 7,6 % du total des remises de fonds à destination des pays en développement ; somme toutefois suffisante pour surpasser l’aide public au développement (Banque Africaine de Développement, 2015). À l’instar de l’Inde et de la Chine, l’Afrique subsaharienne compte également mobiliser sa diaspora pour atteindre son émergence économique. Ainsi, l’Union africaine à fait de la diaspora sa VIe région (Commission de l’Union Africaine, 2017). Les pays de la zone BCEAO et BEEAC ne sont pas en reste.

1.      Situation économique des pays des zones BCEAO et BEEAC

La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) sont des banques sous régionales qui régissent respectivement les 8 pays de l’ Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, et les 6 pays de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), en l’occurrence le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République de Centre-Afrique et le Tchad. La particularité de ces deux entités, le franc CFA, une monnaie arrimée au franc français. L’UEMOA couvre une superficie de 3 509 600 km2 où vivent plus de 110 millions de personnes. La CEMAC s’étend sur 3 020 144 km2 et compte 44,1 millions d’habitants.  Les indicateurs économiques sont faibles dans l’ensemble comme l’illustre le tableau 1 suivant :

Tableau 1: indices de développement des pays de la zone BCEAO et BEAC

Pays % Pop 1,90$ (2013) IDH (2016) Rang/196
Gabon 8,5 0,69 109e
Congo 36, 37 0,59 135e
Guinée Équatoriale 0,59 135e
Cameroun 26, 63 0,51 153e
Sénégal 37, 5 0,49 162e
Togo 52, 17 0,48 166e
Bénin 51, 47 0,48 167e
Côte d’Ivoire 31, 91 0,47 171e
Mali 51, 56 0,44 175e
Guinée Bissau 67 0,42 178e
Burkina Faso 45, 28 0,40 193e
Tchad 34, 9 0,39 194e
Niger 46, 83 0,35 195e
République Centre-Africaine 79, 34 0,35 196e
Sources Povcalnet, 2018 PNUD, 2017

Tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les trois micro-états pétroliers de l’Afrique centrale en tête à l’indice de développement ont les meilleurs indicateurs du groupe et constituent pour les autres des pays d’immigration. Les pays de la zone BCEAO ont les plus mauvais indicateurs de développement, même si c’est un pays de l’Afrique centrale qui boucle le classement du PNUD.

1.      Le poids des transferts dans la zones BCEAO et BEEAC

Le tableau 2 suivant contient le nombre des migrants des pays, leur proportion dans la population, les flux monétaires générés et le poids relatif dans le PIB du pays. Certaines données sont manquantes.

 

Tableau 2: nombre d’émigrants et part des remises de fonds dans l’économie

Pays Nombre d’émigrants (milliers) Pourcentage d’émigrants Flux (en million) (2017) Pourcentage du PIB
Bénin 486,8 4,7 249 2,6
Burkina Faso 1,642,6 9,6 454 3,6
Cameroun 360,6 1,6 249 0,8
Congo 177,3 4 Non Disponible (ND)
Côte d’Ivoire 1,020,4 4,7 386 1
Gabon 48,9 3 ND
Guinée Bissau 91,2 5,2 114 7,6
Guinée Équatoriale 126,1 15,8 ND
Mali 895,7 5,4 1,059 6,7
Niger 290,3 1,6 209 2,4
République Centre-Africaine 342 7,3 ND
Sénégal 540,4 3,8 2,338 12,8
Tchad 403,9 3,1 ND
Togo 461,1 6,7 3,88 8,7
Source KNOMAD, 2018

En valeur absolue le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire sont les deux plus grands pays d’émigration avec plus d’un million de migrants. En valeur relative, c’est-à-dire rapportée au nombre d’habitant, la Guinée équatoriale occupe le peloton de tête avec 15, 8 % de sa population, suivi du Burkina Faso, 9, 6 %. Les pays les moins portés à l’émigration sont le Niger (1,6%) et le Cameroun (1,6%).

En termes monétaires, et en valeur absolue, le Sénégal, plus de 2 milliards de dollars, suivi du Mali 1 milliard ont les diasporas les plus prodigues. En valeur relative, rapporté au PIB, le Sénégal, 12,8 % est suivi du Togo 8,7 %, de la Guinée Bissau 7,6 % et du Mali 6,7 %. On ne dispose pas de données sur la plupart des pays de la CEMAC.

2.      Les transferts de fonds : un formidable outil de lutte contre la pauvreté

Les transferts d’argent ont été qualifiés de plus gros programme mondial de lutte contre la pauvreté. Ils peuvent représenter jusqu’à 40 % du revenu de certaines familles. L’argent est consacré à la satisfaction des besoins élémentaires comme l’alimentation, l’habillement et le logement; mais une fois que ceux-ci sont couverts, le reste est investi dans le capital humain, la santé et l’éducation, ou le logement. (FIDA, 2015). Une enquête de la BCEAO menée dans les pays de l’UEMOA nous donne des informations précises sur l’utilisation des remises de fonds de la diaspora africaine dans cette région.

Les remises de fonds de la diaspora apportent de nombreux avantages aussi bien pour le bien-être des ménages et des communautés que pour l’économie des États destinataires. Mentionnant en quelques-uns. Sur le plan des ménages, elles améliorent de façon substantielle le niveau de vie de certaines familles et réduisent la vulnérabilité de nombreuses autres face aux chocs, tels que la perte d’emploi, la maladie, l’invalidité, les catastrophes nationales (guerre, famine, inondation, etc.). C’est un filet de sécurité pour les familles qui échappent ainsi à la précarité. À l’abris des besoins pressants, les enfants peuvent poursuivre allègrement leurs études. Selon une étude menée par la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement en 2010, dans le cadre du projet « Migrations pour l’Afrique », dans les ménages qui bénéficient d’envois de fonds de l’extérieur du continent africain, deux (2) personnes achèvent le cycle scolaire secondaire contre 0,8 pour les ménages qui ne reçoivent aucun transfert. Ce ratio s’établit respectivement à 1,2 et 0,4 pour l’enseignement supérieur (BCEAO, 2013).

Sur le plan, communautaire, les envois de fonds ne bénéficient pas qu’au ménage destinataire, mais indirectement à toute la communauté par un effet multiplicateur. Les fonds sont ainsi dépensés dans commerces locaux stimulant l’économie locale. De plus, certains envois servent à la participation du ménage à des activités communautaires (mariages, décès, etc.) ; d’autres sont destinés directement à la construction de biens collectifs: écoles, dispensaires, etc.

Sur le plan national, des études suggèrent que lorsque la part des transferts atteint 10 % du PIB d’un pays, cela peut se traduire par une diminution 1,6 % à 3,5 % du niveau de pauvreté (CNUCED, 2011). Les remises de fonds de la diaspora constituent également une source de plus en plus importante de financement des déficits structurels de la balance des paiements dans les pays en développement. Les montants envoyés sont relativement stables, non liés à des projets spécifiques et n’entrainent pas de rapatriement de capitaux. Ces caractéristiques font que l’argent de la diaspora a un impact sur la balance des paiements supérieur à ceux des autres flux monétaires (aides financières, investissements directs ou prêts) (BCEAO, 2013).

Conclusion : Bravo diaspora, mais peut mieux faire!

Les transferts des migrants constituent un puissant outil de lutte contre la pauvreté. Son impact pourrait être plus important si davantage de fonds étaient consacrés à l’investissement (Agunias & Newland, 2012 ; Banque Africaine de Developpement, 2015). Pour cela, il faudrait en amont accroitre le volume des envois. La réduction des couts de transfert fait naturellement partie des solutions, mais elle n’est pas la seule. Les emprunts obligataires en direction de la diaspora ou d’autres incitatifs sont à explorer ou améliorer.

En aval orienter plus de ressources vers l’investissement et l’épargne. On estime qu’avec le temps, entre 20 et 30 pour cent des montants reçus par transfert d’argent peuvent être utilisés à des fins d’épargne et d’investissement (FIDA, 2015). Cela passe par l’éducation financière et l’inclusion bancaire autant des migrants que des bénéficiaires des fonds.

Auteur: Dr. Nabi Youla Doumbia

Références

Agunias, D. R., & Newland, K. (2012). Comment associer la diaspora au développement. Manuel à l’usage des décideurs et praticiens dans les pays d’origine et d’accueil. Genève: Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et Migration Policy Institute (MPI).

Banque Africaine de Développement. (2015). L’annuaire statistique pour l’Afrique 2015. Denmark: Scanprint.

BCEAO. (2013). Synthèse des résultats des enquêtes sur les envois de fonds des travailleurs migrants dans les pays de l’UEMOA. Dakar: BCEAO.

CNUCED. (2011). Maximizing the development of Impact of Remittances. Expert Meeting on Geneva. Geneva: CNUCED.

Commission de l’Union Africaine. (2017). Guide de l’Union Africaine. Addis Abeba: Commission de l’Union Africaine et Couronne de la Nouvelle-Zélande.

Fonds International de Développement Agricole. (2015). Transfert d’argent et inclusion financière. Rome: FIDA.

International Organization for Migration . (2017). World Migration Report 2018. Geneva: International Organization for Migration.

KNOMAD. (2017). Migration and Remittances. Migration and Develpment Brief, 1-44.

Observatoire ACP pour les migrations. (2011). Les transferts de fonds des migrants en Afrique, dans les caraibes et dans le Pacifique . Genève: ACP.

Modification du texte

Dans intro : les diasporas de l’étymologie grecque dispersion. Relation et conscience de biappartenance. Ubiquité sensibilité aux problème de là-bas. Les transferts d’argent sont ainsi un des signes le plus tangible de cette relation…..le geste d’envoi. Le débat, tournure….

Les transferts de l’UEMOA.

Dans ce point montrer que afrique petit joueur, descendre une partie de l’intro.